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Audrey Baldassare - Chutes libres

04/05
 
 
 
Audrey Baldassare n’a jamais trop kiffé les chemins bien balisés. Avant de dévaler sur scène, elle a d’ailleurs longuement sillonné des terrains autrement plus escarpés comme sapeuse-pompière pendant près de dix ans ou bien encore comme militaire. Des professions à risque où l’on apprend vite à tenir sur ses appuis, à anticiper les chocs et à surtout garder le moral quand on se vautre. Aujourd’hui, elle a troqué casque et rangeos contre un micro, mais elle a conservé le goût du dérapage contrôlé et des trajectoires imprévisibles.
 
Avec Hors Piste, Audrey invite le public à quitter ses raquettes de rando pour une virée sauvage en snowboard. Ici, pas de dameuse pour lisser le terrain : elle assume les bosses, les virages serrés et les chutes volontaires. Elle raconte son parcours atypique, ses années de secours et d’engagement, ses peurs, ses contradictions, et transforme chaque expérience en déluge de punchlines. On y croise des situations de vie racontées comme une chute dans la crevasse d’un glacier, des réflexions existentielles aux airs des télésiège émotionnel, et des digressions qui partent dans le décor.
 
Son spectacle se joue des turbulences de la vie : Audrey avance sur la brèche, chute, se relève, improvise un chasse-neige de vannes avant de repartir tout schuss. Son énergie scénique est contagieuse ; le public la suit dans la tempête, parfois inquiet, souvent hilare, bien accroché à son fauteuil pour une dévalade comique en totale perte de contrôle. Hors Piste, c’est de l’adrénaline pure, garantie sans poudreuse, du lol en barre Ovomaltine. Parfait si tu es plus accro aux sketchs qui prennent la mauvaise pente qu’au stand-up bien dans les clous.
Ancienne pompier devenue humoriste, ex-militaire sans carrière, Audrey Baldassare brûle les planches et déclenche les rires en rafale. Avec Hors Piste, elle prouve que sortir du rang, tomber, bifurquer peut mener exactement là où l’on devait aller : au sommet ! Tous les samedis à 21h00, c’est Hors Piste à La Nouvelle Seine, à Paris.
 
Thomas Bernard : Comment es-tu tombée dans l’humour ?
Audrey Baldassare : J’ai grandi dans une auberge à la montagne. Mes parents avaient un gîte d’étape. Comme j’étais fille unique, je filais un coup de main. Il y avait du monde tout le temps, je vivais avec des clients en permanence. Je me suis rendu compte que j’aimais faire marrer les gens à table. Après, j’ai été pompier à l’âge de 18 ans. J’ai réalisé que dans l’urgence faire des blagues c’était ce qui rapprochait le plus. Puis j’ai découvert Florence Foresti et ça a été un coup de coeur. Je me suis dit : OK, je veux être elle. Une chose en entraînant une autre, j’ai quitté mes montagnes.
 
 
Thomas Bernard : Et le stand-up ?
Audrey Baldassare : Quand j'ai commencé le théâtre à Nice, je travaillais dans un bar et j'avais accès à une scène dans une cave. Le patron m'a laissé organiser un des premiers comedy clubs. J'ai pris des gros fours, personne riait à mes blagues, mais comme j'étais sympa et que j'avais la tchatche, c'était cool. J'ai rencontré une fille dont je suis tombée amoureuse, musicienne. On a organisé un gros festival stand-up et musique ensemble dans mon village. On a fait plus de 2 000 personnes. C'était fou. C'est à partir de là que je me suis dit : même si on n'a pas les moyens et qu’on vient de nulle part, on peut le faire. Ça m'a boostée pour partir à Paris. Entre-temps, une pote de comedy club m'a proposé un casting pour une comédie de boulevard. C'est comme ça que je me suis retrouvée à Paris et que j'ai appris ce que c'était que d'être sur scène tous les soirs. Au début, avec des blagues pas terribles, un peu sexistes. C'était la meilleure école parce que j'arrivais à faire rire les gens avec. J'y ai appris tous les mécanismes de la comédie.
 
Thomas Bernard : Tu te lances quand dans l'écriture de Hors Piste ?
Audrey Baldassare : Hors Piste, c'est mon deuxième. Dans le premier, je faisais plus d'absurde et de persos. J'avais peur de prendre un micro et de parler à la première personne en étant moi-même. Je me cachais derrière des accessoires. J’ai vraiment commencé à faire du stand-up après le Covid. Pendant le confinement, on ne pouvait plus monter sur scène. Le seul moyen, c'était d'aller en extérieur. J'ai recommencé à faire des petits trucs dans mon village, dans des champs, en asseyant des gens sur des bottes de foin. À ce moment-là, j'ai trouvé nécessaire de parler réellement d'humain à humain. Tout ce qui me nourrit, c'est le fait d'avoir été pompier pendant 10 ans, mon rapport à la mort, à tout ce qui est un peu morbide. Toute la période confinement, dense et angoissante, m'a donné envie de raconter mon parcours, le fait que je suis une montagnarde à Paris, que tout est possible si on sort du sentier balisé.
 
Thomas Bernard : L'humour, ça sert à s'affranchir de certaines peurs ?
Audrey Baldassare : Ado, j'étais très complexée, j'ai été en surpoids, j'avais de gros troubles alimentaires. J'utilisais l'autodérision pour me protéger. Je me suis fait un bouclier grâce à ça. Quand je suis devenue pompier, je me suis rendu compte que dans l'urgence, quand les gens ont peur, quand les gens ont mal, l'humour ça marche. C'est incroyable ce qu'on peut faire avec, c'est un vrai pouvoir magique. C'est comme ça que je me suis mise à raconter mon parcours et mes traumas. J’ai réalisé que ça rassemble, ça pique les gens. Je pense que le stand-up, c'est l'avenir. C'est tellement important, des gens qui prennent un micro et qui s'expriment, c’est divertissant ET percutant.
 
Thomas Bernard : En termes de mixité sociale, le stand-up a fait une évolution incroyable.
Audrey Baldassare : C'est hyper important d'avoir cette diversité. J'ai grandi à la montagne dans le même village qu'Éric Ciotti. J'ai connu les chasseurs, les fachos... En tant que lesbienne, j'ai senti que ça avait un impact de monter sur scène et de dire : moi, je bouffe des chattes. Après ça, beaucoup de jeunes de mon village ont fait leur coming out. Il y a eu une gay pride organisée à la montagne. Les premières fois où j'ai organisé des plateaux de stand-up dans mon village, des gens voyaient des Noirs, des Arabes, des mecs avec du vernis pour la première fois s'adresser à eux. C'est tellement nécessaire. Et puis d'entendre enfin des meufs aussi parce que ça ne fait pas longtemps qu'on est là.
 
 
Thomas Bernard : Je t'ai connue via Insta avec tes vidéos « laisse, je suis lesbienne »...
Audrey Baldassare : Instagram et les réseaux, c'est quelque chose qui me coûte mais j'ai compris qu'à partir du confinement je n'avais pas le choix pour remplir des salles. Cette blague de “je suis lesbienne” date de mes premières années de pompier. Quand tu arrives dans une caserne à 18 ans, avec des hommes plus âgés et pas très déconstruits, tu cherches à te prouver des choses et à te défendre. Ce truc de dire : je suis lesbienne, c’était à la fois une manière d’assumer mais aussi une carte joker pour me protéger. Au final, je suis devenue un challenge pour eux et ça ne m'a pas aidée, au contraire.
 
Thomas Bernard : C'est quoi ta communauté d'artistes sur Paris ?
Audrey Baldassare : J'ai passé l'audition pour entrer au Fieald, la plus ancienne scène ouverte de Paris. C'est là que j'ai trouvé le noyau dur qui m'a permis de me dire que Paris, c’est pas terrifiant. Si tu ne fais que du stand-up toute seule, même en étant stable, c'est trop dur. Au Fieald, j’ai rencontré des gens incroyables. Grâce à la puissance du collectif, j'ai réalisé une série Les Rieuses. C'est un projet qui repose sur l’entraide et la force d’une idée. Tout le monde a été bénévole. C'est simplement l'envie de concrétiser un projet et de dire à quel point les femmes que j'ai rencontrées ont été importantes.
 
 
 
 
 
 
 
 
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