
Bercé durant les glorieuses 90’s par les riffs les plus bruts et crades du métal, Guigui Pop a musclé son sens du rythme en martyrisant des fûts pour pas mal de groupes. Une fois ses baguettes rangées faute de taf, l’ex batteur a switché ses peaux pour des mots, bien décidé à donner le tempo à vos éclats de rire.
Son CV ? Auteur inspiré : sa vibe résonne dans LOL : Qui rit, sort ! et Comedy Class. Chroniqueur slacker : même ses calembours sont trop paresseux pour l’équipe de Zoom Zoom Zen. Stand-uper régulier façon métronome : son groove irradie le plateau Random Comedy Club tous les mercredis au Jamel Comedy Club.
En deux-deux, Guigui Pop a aussi rodé son flow dans un premier spectacle solo : Full Contact. Le pitch en 3 temps : Rupture hardcore - descente trash - break existentiel. La vie à Guigui sonne tel un refrain d’Alain Soushit : « lose sentimentale, on a soif de Goudal, attiré par les plans bien bancals, la vie comme une tartine de mandales. ».
Ouais, forcément, Full Contact, ça fout les boules à me lire. Pourtant, loin de l’hommage à JCVD ou de l’épanchement à la C’est Mon Choix, ce seum en scène débite des absurdités à un tempo digne d’un Rick Allen à deux bras. Si les fulgurances aussi zarbis qu’inattendues sur la vie vous plient en deux jusqu’à vous niquer le front sur les rotules, n’y allez pas. Vous risquez le coma.
Ah, oui, au fait. Comme tout jeune papa, Guigui Pop ne dort plus. Il profite donc de ses nuits pour animer le podcast Sur Parole ! Il y invite un ou une artiste pour une discussion guidée par… les paroles d’une chanson bien de chez nous ! Oui, ce douteux mélomane a trouvé le moyen de mêler humour et ver d’oreille...
Autant de talent, c’est rageant, hein ?

Thomas Bernard : Qui ai-je au tel ? Guillaume ou Guigui Pop ?
Guigui Pop : Il n’y a plus que ma mère qui m’appelle Guillaume, et encore, seulement quand elle me gronde. Guigui Pop, ça remonte à mes années de musique et de DJ : il me fallait un nom de scène, j’ai bricolé ce petit clin d’œil à Iggy Pop et c’est resté. C’est devenu mon pseudo sur Internet, puis sur Insta, et finalement mon nom de scène tout court. Rien de très épique, juste un vieux surnom de DJ qui a fini par rester.
Thomas Bernard : Comment as-tu troqué les baguettes pour un micro ?
Guigui Pop : J’ai commencé la batterie très tôt et j’ai enchaîné les groupes, du hardcore au pop, en passant par des tournées et des projets pros. Quand la musique s’est arrêtée pour moi, j’ai créé avec un pote un programme vidéo qu’on a réussi à vendre à Pitchfork. Comme je ne savais pas filmer, j’ai utilisé mes heures d’intermittent pour me former caméraman et j’ai fini par entrer au studio Dailymotion. Pendant le confinement, mes duos humoristiques sur Insta— notamment avec mon personnage Pépère — ont commencé à vraiment prendre. Puis on m’a proposé d’écrire des vannes pour une émission, et ça m’a conforté dans ma nouvelle orientation : l’humour.
Thomas Bernard : Ton style d’humour : Lol Core ? Minimale Vanne ? MDR Guitar ? Calembourée ? Ou poke Progressif ?
Guigui Pop : Le LOL Core, ça me parle pas mal, parce que ça ressemble à ce que je fais sur scène : un style un peu haché, rythmé, presque hérité de mes groupes hardcore, avec ce phrasé ta ta ta ta ta. Et puis, il y a sans doute un petit côté accordéon dans tout ça, parce que je reste très potache, très bonne franquette dans ma manière de raconter. Les jeux de mots, c’est ma grande passion, j’en vois partout, c’en est presque maladif. Alors au final, je dirais que mon style, c’est un mélange de LOL Core et de La Calembourée.

Thomas Bernard : Dans le film Full Contact, JCVD dit « Pas de règles ici, tu fonces c'est tout ». Ça résume bien ton show ?
Guigui Pop : Ce spectacle est né d’un truc très simple : une rupture amoureuse ultra brutale. Pour la référence à Full Contact, il faut venir voir, mais l’idée de départ, c’était de faire un point sur ma vie. Tu traces ton avenir dans ta tête, tu fais des plans sur dix ou vingt ans, et d’un coup tout s’effondre. Alors, qu’est-ce que tu fais ? Moi, je me suis jeté dans l’humour, et c’est ça que je raconte. Je suis d’accord avec la citation : il faut baisser la tête et foncer. Beaucoup me demandent des conseils, mais il n’y a pas de méthode : il faut essayer, se tromper, trouver sa voie, et se planter n’a pas d’importance.
Thomas Bernard : Tu nous racontes “Sur Parole !” ?
Guigui Pop : Dans ma carrière de DJ, j’ai animé pendant des années plein de blind tests de chanson française, un style que j’ai toujours adoré, même à l’époque du métal. Tout cohabite dans ma discothèque, et j’ai même été DJ chez Madame Arthur, un club dédié à la chanson française. Un jour, j’ai eu l’idée de transformer les paroles de chansons en questions de podcast. Les invité.e.s se livrent autrement, parlent de sujets qu’on ne leur pose jamais, des anecdotes légères aux réflexions plus profondes. Je me souviens du premier épisode avec Adrien Ménielle : la chanson Je marche seul a donné une première question improbable, et de fil en aiguille on est arrivés à discuter de choses plus deep.
Thomas Bernard : Aimer la variété, c’est honteux comme aimer des humoristes « à l’ancienne » ?
Guigui Pop : Hier, je parlais d’Anne Roumanoff avec Anne Cahen, une amie humoriste, et elle me disait : « Franchement, c’est un vrai spectacle, super drôle ! » Bien sûr, certains trouvent ça vieillot ou dépassé, mais derrière ces artistes, il y a une vraie expérience. Plutôt que de juger, il vaut mieux les écouter autrement : observer comment ils construisent leurs blagues, leur rythme, leur écriture. Pour moi, c’est pareil avec Raymond Devos : rien de ringard, tout est incroyablement bien pensé et construit.
Thomas Bernard : Qu’est-ce que ça fait d’être régulièrement sur France Inter pour un ex musicien ?
Guigui Pop : Ça s’est fait naturellement et j’ai eu beaucoup de chance : ils sont venus voir Marie de Brauer, et j’étais sur le même plateau du Random Comedy Club. Le lendemain, ils m’ont contacté après avoir apprécié mon travail sur scène. C’est du zéro piston : c’est d’autant plus gratifiant. Quand j’étais petit, j’écoutais la radio à fond — Skyrock, Fun Radio — et aujourd’hui, passer sur Radio France m’émerveille encore. Comme c’est récent, je ne m’y habitue pas ; à chaque passage devant, je me dis : « Mais qu’est-ce que je fous là ? » et c’est un vrai privilège.
Thomas Bernard : C’est quoi le Random Comedy Club ?
Guigui Pop : Au début, j’ai commencé les scènes seul, un peu à l’aveugle, avec quelques plateaux. Puis Étienne m’a proposé de rejoindre un projet avec son pote Antoine pour leur chaîne YouTube. On a vite constaté que le circuit stand-up était difficile à intégrer, alors on a créé notre propre plateau : le Random Comedy Club. Je me suis occupé de la programmation, mélangeant humoristes confirmés et jeunes talents, avec l’idée de ne jamais annoncer le line-up à l’avance pour surprendre le public. Le plateau a tellement marché qu’il a été accueilli au Jamel Comedy Club ; aujourd’hui, Antoine est parti, remplacé par Marie de Brauer, et nous voilà tous les trois dans la maison Jamel.
Thomas Bernard : « Bobby Sitting, c’est un nouveau projet pour rentabiliser ta paternité ?
Guigui Pop : Je cherchais une idée pour marquer le moment où je devenais papa. Depuis plus de six ans, je crée du contenu sur Instagram, avec des personnages, des vidéos absurdes ou des sketchs. Une fois père, je passais 90 % de mon temps avec mon fils, et mes vidéos se sont naturellement inspirées de cette vie de jeune parent. Je voulais continuer à jouer et travailler mon acting tout en restant connecté à mon quotidien. En cherchant une baby-sitter avec ma compagne, j’ai eu l’idée de faire passer ces entretiens à des potes dans de petites scènes humoristiques.
Thomas Bernard : Et ta Playlist du moment ?
Guigui Pop : En ce moment, j'adore un groupe anglais qui s'appelle GetDown Services, un duo. Ils font des chansons trop cools, les thèmes sont trop drôles. Un autre groupe anglais qui s'appelle Yard Act que j'aime beaucoup et qui font en ce moment, la première partie de The Hives sur leur tournée. J’écoute aussi le dernier album de Drain qui vient de sortir et que je kiffe à mort. Le dernier album de Primitive Man. C'est un autre style, très vénère. C'est vraiment apocalyptique. C'est du gros doom sludge méga lourd, j'adore.
Guigui Pop se produira les 13 et 14 février au Caustic Comedy Club de Genève, avant de retrouver son public à Strasbourg, au Plato, le 25 février.





