Événement, Indispensables
Je m'appelle Christian Binet et j'ai six ans!
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Je m’appelle Christian Binet et j’ai six ans!

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Christian Binet, l’auteur des célébrissimes Bidochon, a plein de perles cachées dans sa somptueuse bibliographie. Mais l’un de ses secrets les mieux gardés, c’est certainement L’INSTITUTION, qui reparaît en mars dans une édition remasterisée. Le sujet en est simple : Christian a passé neuf années de sa jeunesse dans les pensionnats catholiques. Une école de dureté, de religion assénée, de discipline sans nuance, d’hypocrisie et de solitude. Et le plus étonnant, c’est qu’il en a tiré un ouvrage à la fois super marrant et terriblement attachant. Nous lui avons demandé de revenir sur ces années…euh… terriblement formatrices !

Que trouve-t-on dans cet album ?

Des anecdotes, toutes authentiquement authentiques, sur mes neuf années de pensionnat. Je m’y étais retrouvé parce que mon père ne voulait pas m’inscrire à l’école du village, qui était aux mains du maire communiste, lequel, disait-on à l’époque, mettait des tracts dans les cartables et bafouait quotidiennement la religion. Et donc mon père, grand catholique, a préféré m’envoyer en pension, dans la seule école chrétienne de la région. Disons que j’en ai bavé pendant neuf ans…

Tout est authentique, même le contrôle par la bonne sœur des traces de freinage dans les caleçons ?

Yes, sir.

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Dans quel état d’esprit étais-tu quand tu as conçu cet album à l’âge de trente ans ?

C’était un peu la conclusion d’une sorte d’autothérapie, le seul bouquin expiatoire de toute ma carrière. Je voulais me débarrasser de ces mauvais souvenirs tout en faisant rire les lecteurs de Fluide. Ça m’a permis de régler quelques casseroles. Je dois d’ailleurs avouer que le décès de mon père m’a permis de me libérer de ce poids: je ne suis pas certain que j’aurais osé raconter tout cela s’il avait encore été en vie à l’époque. Et, de manière générale, je ne suis pas certain qu’il aurait apprécié que je travaille dans des journaux comme Fluide Glacial. Il me destinait plutôt à la bonne presse catholique. C’est même lui qui prenait les rendez-vous à ma place avec les rédactions, c’est dire l’ascendant qu’il avait sur moi…
Cela étant, c’est difficile, quand on fait de l’humour, de dévoiler des histoires graves et personnelles. Je crois être arrivé à un bon mélange…

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Tu dis en introduction du livre « à présent que je suis libéré de toutes ces années, je veux bien être pétrifié par Dieu lui-même s’il m’en reste quoi que ce soit », ce qui ressemble fort à du dégoût. Et en même temps, tu décris un monde de l’enfance très attachant…

Mais je suis attaché à mon enfance, que je considère comme les années les plus importantes de ma vie. Par contre, j’ai détesté ce système répressif et hypocrite. J’étais entouré de gens frustrés (les religieux, les profs et même mon père) qui faisaient chier tout le monde. En étant pas toujours eux-mêmes tout blancs. Ça me rappelle l’histoire de ce politicien américain qui faisait campagne contre l’homosexualité, et qu’on a retrouvé, dans un motel, le pantalon sur les genoux et en bonne compagnie masculine. Faites ce que je dis, pas ce que je fais.

Quel était ton statut quand tu étais au pensionnat ?

J’étais pas bien costaud, et donc j’étais le petit, le brimé. C’étaient les baraqués (souvent des redoublants) qui faisaient la loi. En plus, on se prenait tous les déchets des lycées parisiens, et c’était des gars qui avaient déjà pas mal vécu, par rapport à moi qui sortais d’un milieu bourgeois sans histoire. Ah ça, y avait pas que des lumières, hein ! Et le pire, c’est que je ne pouvais rien raconter à la maison. Puisque, par définition, l’école catholique était parfaite aux yeux de mon père et que rien de moche ne pouvait m’y arriver, selon lui.

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Aujourd’hui, tu restes croyant ?

Non, j’ai évacué la religion de ma vie. Il me reste un certain intérêt pour le mysticisme et l’exaltation, mais c’est tout. Mais il faut quand même que vous sachiez que le lavage de cerveau a plutôt bien fonctionné, puisque je me suis retrouvé au séminaire, et que je voulais devenir curé. Et puis, heureusement, j’ai découvert la vie, en commençant à sortir de chez moi, et je me suis intéressé à d’autres choses et à d’autres personnes.

Tu fais de légères allusions à la pédophilie…

Oui, il y avait des trucs troublants, même si je n’ai rien subi moi-même. Par contre, il était hors de question de remettre en doute la probité et l’honnêteté d’un curé. De même, j’ai quelque peu éludé, par pudeur, les histoires sur l’homosexualité. Mais on jouait au docteur, ça c’est clair…

Je ne peux pas m’empêcher de trouver des analogies avec le formidable « Paracuellos », de Carlos Gimenez (également paru chez Fluide Glacial). Une coïncidence ?

Non, plutôt un déclencheur. Il a sorti ses premiers tomes avant que je ne raconte cette histoire. Et je me suis dit que si lui osait raconter cela, je ne voyais pas pourquoi je ne ferais pas de même, à ma manière.

Quel regard portes-tu sur ce livre trente ans après sa sortie ?

Je l’ai relu en vue de la réédition, et il m’a fait rire comme si c’était quelqu’un d’autre qui l’avait écrit. Et puis il faut dire que c’était très transgressif, pour moi en 1981, de dire que je ne croyais plus en Dieu…

Propos échangés avec moi.
Le livre est formidable et il est en vente depuis quelques jours sous une couverture remaquettée par Vincent Solé et Binet.

Posté par le 2/04/10 || TAGLES : ,

8 Réponses à " Je m’appelle Christian Binet et j’ai six ans! "

  1. Blequin says:

    Désolé, j’ai déjà la première édition et je ne suis pas collectionneur !

  2. Blequin says:

    Enfin, pas au sens du maniaque qui veut tout avoir à tout prix…

  3. a posté says:

    Avoir la première édition est déjà une forme de collection … hum

  4. flebus says:

    Quelle est la différence entre les 2 éditions ?
    Moi aussi, j’ai la 1ère édition.
    Pour répondre à “a posté”, lorsque l’on achète un livre qui vient de paraître, fatalement c’est une 1ère édition. Si on le conserve, comme c’est le cas avec la plupart de mes BD, fatalement aussi, 30 ans après ces éditions-là ont pris de la valeur, qu’on le veuille ou non.

  5. a posté says:

    La différence à première vue c’est la couv’ qui en plus grande et la croix a été rajouté (là où y-a marqué Binet / l’institution)

  6. flebus says:

    Mais, rien de plus à l’intérieur que dans l’original ?

  7. md fan 2 Fluide GlaGla says:

    Et heu… qui veut bien me la revendre cette 1ere édition? je l’ai loupée… Je vais donc sauter sur la 2e, mais en tant que graaaande trèèèès grande collectionneuse et fluideuse dans l’âme merci de m’envoyer sous pli discret la toutoute première édition… (hein? ho pardon j’ai cru avoir entendu Frémion rigoler)

  8. […] des effets immédiats (Binet a dessiné ce qui est sans doute son livre le plus personnel, L’Institution) mais aussi à longue échéance puisque son aura sert de modèle encore aujourd’hui […]

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