N°476 7 janvier 2016
» Édito | Images |
Fluide Glacial  Secretly We Are Gherkins
Couv. : Jean-Christophe Chauzy | 84 pages | 4€90
7 janvier 2016
  Jean-Christophe Chauzy
En français, Swag se dit Swag.
Trop stylé !
L'étymologie populaire indiquant que swag serait un acronyme signifiant «Secretly We Are Gay» («Secrètement nous sommes gay») ne repose sur aucune source sérieuse.
Hihi ! (C'est Wikipedia, hein.)

Bonne lecture
Avec ce mois-ci dedans→ Lefred-Thouron, Lindingre, Pix, Fioretto, Haudiquet, Léandri, Pix, Salch, Solé, Reuzé, Isa, Pochep, Oncle Gilbert, Vandermeulen, Trapier, Joan, Waldeck Leroy, Dutreix, Felder, Cizo, Mahler, Mo/cdm, Zanello, Mitko, Bonanza, Fabrice Erre, Fabcaro, Vuillemin, Geoffroy Monde, Pinet, Besseron, Texier, Baumann, Menu, M. le Chien, Thiriet, Bouilhac, Raynal, Daoudi, Movida, Casoar, Houssin, Bernstein, Sourdrille, Chauzy, Binet


Fluide Glacial Mensuel N°477
Fluide Glacial Mensuel N°475

l'Édito
Très jeune, j'ai été happé par l'enfer de la mode.
par Yan Lindingre
Eh ouais  !
J'avais quatorze ans à peine, même pas l'âge légal de travailler, mais j'en faisais plus. J'ai vite été repéré et j'ai passé le casting avec succès. C'est comme ça que je suis devenu non pas mannequin-vedette, mais vendeur de fringues dans la boutique de mon grand-père Guérino. Muratori-habilleur, ça s'appelait, son bouclard. Guérino Muratori, tel était le blase de mon ancêtre. Mon grand-père était un petit rital rusé, fils d'épicemard romagnol. Il avait débuté comme la mademoiselle Angele de Jacques Martin (pas le dessinateur d'Alix, le comique mort) : Elle fait des pantalons, Des jupes et des jupons, Et des gilets de flanelle... Quand je racontais laconique que je bossais dans la mode pour le compte d'un rital, les gens pensaient que je me tapais la cloche avec des Galliano, que je roulais des pelles fougueuses à des Carla Bruni, ou que je traçais des lignes de coco chez des Dolce et Bunga Bunga. En réalité, pour moi la mode c'était plutôt ça : "Monsieur, vous désirez ?"
Le monsieur, tronche de Michel Simon, la septentaine couperosée, tifs gris-jaune plaqués sur la calebasse par la sueur et la nicotine, des paluches d'Obélix au bout de mandibules poilues jaillissant d'un tricot de peau sans manches : "Vous auriez un pantalon en Tergal élastique..." "Elastis", corrigeait son épouse, infime petite grenouille de bénitier à culs de bouteille. "Ouais, elastis, convenait le Yéti, en 54  !" "58", corrigeait son amulette.
Là, j'entrais en scène pour de bon : "On va tout de même prendre le tour de taille, vous voulez bien ?"
"Un petit 60", annonçais-je l'air emprunté, constatant que le mètre-ruban indiquait un bon 124 (la taille, il faut la diviser par deux, c'est le contraire du prix d'achat, je vous expliquerai). J'allais subito lui dégauchir en rayon un falsar Citex® (l'équivalent des bottes Aigle® dans la godasse). Un bleu marine, ça allait sans dire. Ma clientèle, elle aimait pouvoir se benner généreusement du pinard sur les frusques sans être obligée de jeter au sale tous les quatre matins.
Malgré l'effet elastis, pépère peinait à boucler son nouveau froc mais n'en démordait pas : "Ça ira, je vous dis. Je vais bientôt faire un régime." L'optimisme fait vivre, au moins autant que les frites et la mayo.
Je passais à l'étape suivante : "On va faire l'ourlet, hein. Euh... Vous n'avez que ça aux pieds ?"
Ça, c'était des méduses en plastoc avec des chaussettes de tennis dedans, et dans les tennis, je vous le donne en mille, des arpions nécrosés dont il m'était aisé de deviner la morphologie. Les nougats à pépère avaient généreusement suinté leur empreinte de crasse jour après jour. Ah "peuple old school", comme dirait Michel Onfray ! Je m'agenouillais devant le saint-suaire et me mettais à la tâche en pensant à des lendemains qui sentiraient la rose : "Tenez-vous bien droit, monsieur. Je vais faire un peu plus long, parce que là, avec les nu-pieds... Vous mettez quoi comme chaussures sinon ?" Je demandais pour la forme, parce que les grolles d'usage dans le coin, c'étaient des Pataugas®... Avant que les bobos ne s'en emparent et que les péquenots leur préfèrent les Mephisto®... A quand les Mephisto Canal- St-Martin ? Non, sans déc, les branchouilles ont leurs limites dans la "transcendance des tendances vernaculaires". Ils iront pas jusqu'au jogging dans les bottes en caoutchouc, les petits marioles, c'est moi qui vous le dis. Bref, à la question "d'où parles-tu", concernant la mode, vous connaissez ma réponse à présent. On comprendra donc pourquoi j'habille aussi élégamment les petits personnages de mes bandes dessinées. Moi qui suis marqué au fer rouge par le bon goût.
Ce qu'on ne sait pas par contre, ce que ne dit pas l'image... c'est que mes héros, eux aussi, ils schlinguent des pieds

 Quelques photos du bouclage du 3 décembre 2015
 Photos de bouclage : totodernoncourt