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Marine Baousson - Toucher, couler.

10/08
 
Ne cherchez pas l’experte des plateaux télé, ni la spécialiste autoproclamée des réseaux. Elle n’est pas là, pas dans ces eaux en tout cas. Alors, faites votre deuil des powerpoints et autres diaporamas bien lestés, je vous présente Marine Baousson, qui loin d’être une donneuse de leçons, redonne toutes ses lettres de noblesse au mot « vulgarisation ». Sa méthode ? Débarquer tranquille, les mains dans les poches, zéro filet, zéro diplôme, juste un micro et un culot monstre. Juste avec cette idée aussi généreuse que géniale : ne rien capter, c’est déjà pas mal comme point de départ.
 
Originaire de Saint-Brieuc, passée par le Conservatoire de Rennes, cette Bretonne 100 % pur granit monte sur scène comme on entre dans l’eau froide : sans grande certitude, mais avec pas mal d’enthousiasme. Au fil des marées, le stand-up devient son port d’attache, l’humour son phare. Elle affine ses vannes demi-sel, raffine des blagues garanties sans mazout. Après quelques escales, elle passe en mode croisière et remporte en 2012 le premier prix du Montreux Comedy Festival et le prix SACD. C’est que Marine Baousson navigue à vue mais avec précision ; comme si chaque punchline cherchait moins à torpiller des cuirassés qu’à fissurer votre coque. Pas le genre à ramer. Plutôt à bosser ses textes en sous-marin, bien en profondeur, là où la pression est bonne.
 
Puis 2020, la planète part à la baille ; la pandémie saborde les salles et sape le moral, fini de rire. C’est dans ce monde du silence mortifère, ce vide abyssal de sens, qu’elle jette l’ancre et invente Vulgaire. Le concept tient sur un bout de serviette de plage : vulgariser des trucs par quelqu’un qui n’y connaît rien. Dit comme ça, ça sent l’échouage. Mais en vrai, c’est hyper malin. Parce qu’au fond, qui n’est pas à la ramasse sur la moitié des sujets ? Tout le monde fait semblant d’être une tronche, personne ne veut passer pour une tanche par ici. Marine Baousson, elle fait l’inverse. Elle assume son ignorance et saute à l’eau la première. Et ça nous fait une sacrée bouée.
 
 
Six millions d’écoutes, Podcast de l’année Apple, Prix Radio France de la Révélation podcast, un livre chez Flammarion, un spectacle interactif en tournée nationale : Vulgaire devient un format à part entière, quelque chose qui n’existe que parce qu’elle a eu l’audace de faire de sa candeur une boussole. Ni cours déguisé, ni sketch à caractère informatif, elle ne vulgarise jamais depuis le pont supérieur d’une compétence condescendante. Marine préfère nager à vos côtés. Elle patauge, manque de se noyer, s’emmêle les palmes parfois et c’est précisément là que l’humour voit le large. Plus une houle lente qu’un raz de marée. Un léger déplacement du périscope qui consiste à refuser de dominer pour mieux partager. Chez elle, il y a une certaine douceur à remuer les eaux turbides de l’ignorance. Son humour n’est pas un harpon. C’est une sonde pour les profondeurs de l’âme : ça s’infiltre, ça creuse, ça laisse une trace fine mais tenace.
 
Depuis début 2026, elle prolonge cette voie avec Pourquoi ? Pourquoi ?, une adaptation taillée pour les enfants qui se posent trop de questions. Logique. Son écriture rythmée et précise vogue sur les planches sans esbroufe. Juste une manière de laisser les mots flotter sans jamais laisser le sens se figer dans la vase. Marine Baousson n’explique pas la carte au trésor. Elle ouvre les écoutilles, déplie la grand voile, laisse de la place au doute, à l’inachevé, à l’intelligence collective de son équipage : nos marmots. Quand les adultes qui les entourent n’ont plus que des certitudes bien arrimées, c’est presque un geste de résistance. Et par temps de brouillard, c’est exactement le cap qu’on doit tenir.
 
Toi qui me lis, va donc écouter Marine au Théâtre Michel en septembre et si toi aussi elle te touche, coule avec moi.
 
 
 
Thomas Bernard : Comment est-ce qu’on devient humoriste quand on vient de Saint-Brieuc ? Il y a un moment précis où ça bascule, ou c’est venu progressivement ?
Marine Bouasson : En partant de Saint-Brieuc ! À l’époque, il n’y avait pas des scènes ouvertes comme aujourd’hui. Pour apprendre ce métier, il fallait partir à Paris et croiser les doigts. J’ai fait une école mais finalement j’ai appris en jouant. L’envie est venue le jour où j’ai compris que faire rire c’était un métier : à un spectacle d’Anne Roumanoff, cadeau de mes 15 ans. Mon cerveau a explosé au ralenti quand j’ai compris que c’était possible !
 
Thomas Bernard : Vous avez toujours su que vous voudriez écrire vos propres textes ?
Marine Bouasson : J’ai surtout dû apprendre à me faire aider ! Aujourd’hui il y a des co-auteurs qui m’accompagnent, notamment Grégoire Dey ou Grégory Vacher. J’écris une base, ils ajoutent ce qui fera la différence. Écrire, au départ ça me faisait peur. Maintenant j’adore ce vertige du sujet neuf, de la page à remplir.
 
Thomas Bernard : Vulgaire est né pendant le confinement. C’était une nécessité ou une intuition ?
Marine Bouasson : Un coup de chance surtout ! Pourquoi ce projet a marché plus qu’un autre, ça c’est un suspens. Mais si je suis honnête : j’ai surtout voulu m’occuper. Et pour la première fois j’ai travaillé sans penser à l’accueil du public. J’ai fait pour faire et peut-être que c’est ça qui a fait son succès.
 
Thomas Bernard : Qu’est-ce qui vous a le plus surprise dans la réception du podcast ?
Marine Bouasson : Tout à la fois. Le plus surprenant c’est l’accueil des enfants, qui écoutent, réécoutent, apprennent par coeur, m’écrivent pour en savoir plus. Je me sens privilégiée de les accompagner dans leur curiosité qui naît.
 
Thomas Bernard : C’est quoi le plus dur : comprendre ou faire comprendre ?
Marine Bouasson : Comprendre. Surtout la science. Mes pires sujets sont ceux qui impliquent les mots atome, lumière et cellule. Ah et le football américain aussi ! Beaucoup trop dur de comprendre les règles.
 
Thomas Bernard : Vulgaire, est-ce un projet politique ?
Marine Bouasson : Oui, je pense. Ne pas avoir honte de dire qu’on ne sait pas, ça permet de faire une pause dans le débat, et ensuite d’avoir un avis éclairé. Autoriser tout le monde à comprendre et donner son avis : c’est politique.
 
Thomas Bernard : Vous vous sentez parfois plus proche d’une vulgarisatrice que d’une humoriste ?
Marine Bouasson : Je me suis affranchie de l’injonction à faire rire : c’est plus important qu’on comprenne un truc plutôt que je fasse une blague. La blague c’est un des outils dont je dispose pour que ce que je raconte soit clair.
 
Thomas Bernard : Vous êtes très visible sur les questions LGBTQ+. C’est un moteur, une responsabilité, un plaisir ?
Marine Bouasson : Un peu tout ça ! Si je ne suis pas visible sur ma vie, je ne raconte rien. Parfois je parle de ma compagne, pas parce que c’est militant, mais juste parce que… elle était avec moi dans l’anecdote. Être LGBTQIA+, c’est ma vie, je raconte ma vie sur scène. C’est militant et politique, mais c’est pas de ma faute ! C’est de celle de la société qui a besoin qu’on se justifie sans cesse.
 
Thomas Bernard : C’est d’avoir un enfant qui vous a donné l’envie de faire Pourquoi ? Pourquoi ?
Marine Bouasson : Non, mais dès la création de Vulgaire ça a été une évidence : ça sera un spectacle, il y aura une version enfants, qui sera aussi un spectacle. J’ai l’impression de décliner une marque, ah ah ! Bientôt : Vulgaire, les livres de cuisine ! et Vulgaire : les agendas papier !
 
Thomas Bernard : Qu’est-ce qui vous fait le plus peur : ne plus être drôle ou ne plus être curieuse ?
Marine Bouasson : Ah là là, impossible de répondre à cette question : impossible.
 
 
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