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Cécile Marx - Des auréoles sous les bras

03/06
 
 
 
Cécile Marx a beau être une de mes Insta-stars préférées, ce n’est ni une coach bien-être ni une influenceuse self-care. En fait, c’est tout le contraire. Experte en bad et seum, doctorante en lose, militante du fail épique, l’humoriste honore tout ce que la société voudrait qu’on planque : flops, névroses, crises, petites manies débiles… Selon son manifeste, les défauts sont beaux, drôles, et vraiment parfaits pour faire des spectacles qui dépotent.
 
Elle débute sa carrière sur les planches parisiennes, passe par les comedy clubs, et très vite, ça fuse : humour absurde, cynique, touchant, toujours à la limite du bordel organisé. Avec Iconique, son dernier show, elle pousse le concept à fond. Dans un monde obsédé par l’image parfaite et les vies de catalogue, oser être soi-même, avec ses galères et ses fiascos, ça devient un vrai chemin de croix. Chaque micro-récit – galères amoureuses, amitiés toxiques, obsessions navrantes, dèches existentielles… et même quelques histoires de serial killers pour le fun – transforme le bancal en art. Ici, l’échec est la norme, le chaos est héroïque, et la perfection, un vieux pouf
moisi pour poser son cul.
 
Mais sa lutte pas dégueulasse c’est sur Instagram qu’elle la mène. Dans ses vidéos « à fond à droite » – où tout le monde est de droite sauf elle –, elle explore une étrange dystopie où tout l’Hexagone se serait converti à Forbes plutôt qu’au Capital de Karl. Dingue, non ? Là, pour le coup, l’aliénation et l’exploitation au quotidien, elle les scrute à la loupe, les caricature un chouïa et les détourne à peine. Collègues obsédés par la réussite, voisins un peu cons, débats absurdes… C’est pas la matière à France Fiction qui manque de nos jours... Mais derrière le rire cringe instantané se cache une vraie critique sociale : rien n’est jamais neutre, les règles sociales servent souvent à maintenir les puissants au sommet, et ce qu’on nous vend comme “normal” ou “réussi” est juste un filet pour nous ramener dans le rang.
 
Arpentant scènes et réseaux sociaux en sainte patronne des galériennes, elle transforme tout ce qu’elle touche, honte, bides et ratés, en une belle trinité comique. Trop auréolée de poisse pour chercher à plaire, trop ointe de guigne pour se plaindre, elle préfère vénérer ses contradictions que pontifier sur la réussite. Et c’est bien ça qui la rend iconique, vraiment. L’humour, chez elle, c’est pas un masque de beauté, encore moins une couronne d’épines : c’est du matos de survie, une petite fiole d’eau bénite pour repousser les dogmes asphyxiants, un crucifix à paillettes pour repousser les béniwinwins, tous ces petits curés de la gagne à tout prix.
In fine, avec Iconique, elle nous rappelle une chose simple et belle comme un psaume écrit par Engels : arrête de courir après la perfection, assume ton bordel et tes petits drames… De toute façon, comme le disait Alphonse Allais, ne nous prenons pas au sérieux, il n’y aura aucun survivant. Amen !
 
 
 
 
Thomas Bernard : Vous pouvez nous parler de vos débuts ?
Cécile Marx : J’ai commencé en café-théâtre, en comédie de boulevard. J’ai vécu cinq ans à Bruxelles avant de revenir à Paris en 2016. Là-bas, je faisais déjà un peu de scène, mais je n’écrivais pas encore. La première fois que je suis montée sur scène, c’était pour jouer le texte d’une autre autrice. En rentrant à Paris, j’ai très vite enchaîné les pièces. Pendant presque trois ans, ça a été une formation accélérée. Et puis j’ai tout arrêté. J’ai toujours écrit, et j’avais envie de raconter mes propres trucs. En café-théâtre, les rôles féminins sont souvent là pour servir la vanne du mec. Au bout d’un moment, j’en avais marre. Comme je suis fan de Pierre Desproges depuis l’adolescence, le stand-up s’est un peu imposé. Je me suis dit : j’ai l’expérience de la scène, j’écris tout le temps, autant essayer.
 
Thomas Bernard : Desproges, vous l’avez découvert quand ?
Cécile Marx : Vers 13 ou 14 ans. Il y avait ses livres chez mes parents, Chroniques de la haine ordinaire notamment. Je ne comprenais pas toutes les références, mais la musicalité, la longueur des phrases, ça me fascinait. J’étais seule dans ma mezzanine et j’avais envie de me lever comme devant un solo de guitare. Après, j’ai regardé ses spectacles en boucle. Aujourd’hui, j’ai quasiment toute son oeuvre.
 
Thomas Bernard : Il vous a influencée ?
Cécile Marx : Oui, clairement. Au début, j’écrivais des phrases à rallonge, très absurdes, avec plein de tiroirs. Et puis le stand-up m’a appris l’efficacité. Sur scène, il faut que ça percute. Je ne me revendique pas comme son élève, mais son influence est là, quelque part en fond.
 
 
 
 
Thomas Bernard : Votre humour est parfois noir. C’est assumé ?
Cécile Marx : Oui, mais je n’aime pas les tons uniques. J’adore l’humour grinçant, le cynisme, l’absurde, mais pas du début à la fin. Un seul registre, ça fatigue. J’aime bien que ça mélange.
 
Thomas Bernard : Votre écriture est devenue plus autobiographique. Pourquoi ?
Cécile Marx : C’est venu avec Iconique. Avant, je faisais surtout de l’observation. Je me disais que parler de moi n’intéresserait personne. En fait, on ne s’identifie pas parce qu’on a vécu la même chose, mais parce que ça touche à quelque chose de plus profond. Et puis être autobiographique, ça évite de toujours rire aux dépens des autres. Je m’inclus dans la blague.
 
Thomas Bernard : Vous avez déjà retiré des sketchs ?
Cécile Marx : Oui. Tout peut devenir drôle, mais pas tout de suite. Ce n’est pas une thérapie. Il faut que le recul soit là. J’ai essayé un sketch sur l’avortement, mais c’était trop tôt. Je pensais que ça passerait, j’ai insisté… et puis j’ai compris que non. Ce n’était pas le public qui n’était pas prêt, c’était moi.
 
Thomas Bernard : Vous cherchez quoi sur scène : faire rire ou créer une communion ?
Cécile Marx : Les deux. Évidemment, je veux faire rire. Mais j’adore quand quelqu’un me dit : “Je me sens moins seule.” Et j’aime aussi quand l’humour dépasse le sujet. Je n’ai pas d’enfants, mais un sketch sur la parentalité peut me faire hurler de rire. C’est ça qui est beau : quand ça transcende.
 
Thomas Bernard : La force du stand-up, pour vous ?
Cécile Marx : La proximité. Une personne en jean avec un micro qui raconte une histoire, ça paraît simple. Même si derrière, il y a des heures de boulot. Les gens ont l’impression que c’est accessible, que ça pourrait être eux. Cette proximité, elle est hyper puissante.
 
Thomas Bernard : Il y a aussi de la musique dans votre spectacle. Pourquoi ?
Cécile Marx : Il y a deux chansons, pas plus. Je ne voulais pas faire un spectacle musical. Mais j’ai grandi dans une famille de musiciens, la musique fait partie de moi. J’aime bien en mettre par petites touches, comme une épice.
 
Thomas Bernard : Pourquoi le titre Iconique ?
Cécile Marx : Parce qu’être iconique, ce n’est pas être parfait. Ce sont aussi nos failles, nos moments ridicules, nos erreurs. C’est ça qui nous rend uniques. Se réapproprier ça, ça enlève pas mal de culpabilité.
 
Thomas Bernard : Et Au fond, à droite ?
Cécile Marx : Ça fait 5 ans qu’on travaille sur ce long métrage. Le format court sur les réseaux nous sert à attirer l’attention sur le projet. Et c’est aussi une super cour de récré...
 
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