
IAM n’a pas tort : “La vie est belle, le destin s’en écarte, personne ne joue avec les mêmes cartes.” Le jour de la Grande Distribution, Akim Omiri a reçu les siennes par un croupier bien bourré durant une panne d’électricité. Résultat : maldonne et paquet suspect, de quoi direct se coucher. Plutôt que de renverser la table, Akim, beau joueur, annonce la couleur : miser gros, très gros mais sur sa gueule. Bluff contre coup du sort ? Pas vraiment... Juste l’envie de reprendre la main et de ne pas finir sur le carreau. Bref, pour conclure cette intro digne d’un MC Solaar en manque de vitamine C, je me demande si Akim ne va pas bientôt faire tapis en ne balançant que des piques ?
Si la partie vous tente retrouvez-le au mois de mars dans tous les bons casinos avec son spectacle Contexte. Le 25 au THÉÂTRE ODEON MONTPELLIER (PEROLS), le 26 à l’ AUDITORIUM NOVOTEL ATRIA (NIMES) et le 31 au BIKINI (RAMONVILLE-ST- AGNE) pour Le Printemps du Rire. Sinon, son émission la Riposte, c’est toutes les semaines sur Radio Nova.
Spectacle Fragments en ligne : https://www.youtube.com/watch?v=ZvWMyp7im7o

Thomas Bernard : Comment es-tu tombé en humour ?
Akim Omiri : J’ai toujours aimé faire marrer mes copains depuis la primaire. Quand j’allais en classe j’allais retrouver mon public. Une trentaine d’élèves à faire rire tous les jours c’est pas mal déjà comme salle. Après j’étais pas en mode one man show du tout. J’ai jamais été trop m’as-tu vu ? Mais balancer la bonne punch pendant un cours ça me plaisait bien.
Thomas Bernard : Très jeune, tu t’es battu contre une grave maladie, à l’adolescence tu t’es mis à la boxe de haut niveau… Comment le combat irrigue ton écriture ?
Akim Omiri : Je vais tout le temps chercher des sujets difficiles pour trouver du challenge. Et le combat il est dans ce que je raconte. Comment je m’attaque à ceux qui ont tout pour ceux qui n’ont rien. Combattre l’injustice par le rire c’est assez dérisoire mais j’ai l’impression que ça fait du bien aux gens. En tout cas c’est ce qu’on me dit beaucoup à la sortie de mon spectacle.
Thomas Bernard : Ex-youtubeur, peux-tu nous dire qu’elle est la différence entre le rire derrière un écran et celui face à un public ?
Akim Omiri : Derrière un écran déjà le rire on l’entend pas. On ne peut que l’imaginer à travers les commentaires. Et quand on fait des blagues en vidéo y a plein de paramètres. L’écriture, le jeu mais aussi le montage. On peut se rater plusieurs fois et la refaire. On peut sauver une vidéo pas terrible avec du montage. Sur scène on est dans le moment présent. On passe qu'à ce qu’on vit là en direct c’est beaucoup plus intéressant. On connecte avec les gens, on les voit, on les entend et on peut même discuter avec eux. C’est ce que je fais toujours à la sortie de mes spectacles. C’est incomparable à la vidéo, vraiment. C’est pas le même métier même s’ils sont complémentaires pour se faire connaître du moins.
Thomas Bernard : Premier spectacle : « Akim Omiri est super gentil » ? Tu es vraiment sympa ou c’est pour amadouer le public ?
Akim Omiri : Dans ce spectacle je racontais énormément d’anecdotes où ma gentillesse pouvait être prise pour de la faiblesse. Des moments où je n’avais pas osé m’exprimer, me révolter ou autre… C’était pas pour amadouer je suis vraiment un mec gentil mais aujourd’hui j’ai plus de caractère. Ces anecdotes m’ont appris à dire stop plus vite maintenant.
Thomas Bernard : Tu as fait un one shot qui s’appelle « Fragments », ça consistait en quoi ?
Akim Omiri : Je ne voulais pas faire la même erreur que sur mon premier spectacle à savoir être en manque de matériel pour en faire la promo. En général avec un premier spectacle on a le choix de soit montrer les meilleurs extraits pour donner envie aux gens de venir mais une fois qu’ils sont là ils ont déjà vu le meilleur et ils peuvent être déçu. Soit on montre le moins bien en se disant comme ça quand ils vont venir ils vont être agréablement surpris mais c’est pas une hyper bonne com.
Bref c’était un dilemme que je ne voulais pas pour le nouveau spectacle “CONTEXTE” du coup j’ai anticipé. J’ai produit “Fragments” uniquement pour faire de la communication. Le but était de donner envie aux gens de venir voir “Contexte” sans rien leur spoiler. Avec cette représentation unique je voulais montrer un ton et me présenter sans rien dévoiler du nouveau spectacle.
Parce que pour le coup dans “Contexte” TOUT est bien haha. C’est pas un premier spectacle inégale. Là tous les sujets sont bossés.
Thomas Bernard : Pourquoi ce titre ?
Akim Omiri : Ce spectacle a du sens parce qu’il s’inscrit dans un contexte politique particulier. “Contexte” parce qu’on est tous le fruit d’un contexte. Qu’une histoire demande un contexte et surtout parce qu’une info demande un contexte. Beaucoup de nos médias nous influencent en donnant une partie de l’information sans le contexte aujourd’hui. Ils cherchent le sensationnel. Avec Contexte j’essaye de me poser des questions sur le monde dans lequel on vit. Comment on influence des masses. Est-ce qu’on est vraiment dans une démocratie comme on nous le dit etc.
Thomas Bernard : L’humour a-t-il des limites ?
Akim Omiri : Ma limite c’est quand c’est méchant et que ça ne dénonce rien. C’est quand la blague s’attaque au faible et pas au fort. C’est ça qui me guide. Sinon pour moi y a rien de tabou. On peut parler de tout tant que c’est fait avec intelligence et/ou sincérité.
Thomas Bernard : Quelles influences t’inspirent durant l’écriture ?
Akim Omiri : Oh quand j’écris je n’y pense pas du tout. Je réfléchis à ce qui me fait rire moi et c’est tout. Je me demande ce qu’en aurait pensé untel ou unetelle. Par contre pour le coup je tiens à préciser que je ne suis pas seul à écrire pour La Riposte. On est bien 4 car pour écrire 1h de blagues toutes les semaines c’est impossible à faire tout seul. Et même pour mon spectacle CONTEXTE j’ai un co-auteur et copain Kaza. Fragments et mon premier spectacle je les ai écrits seul car ça parlait de moi. Maintenant que je m’adresse plus au public à travers des sujets de société, même si ça reste ma vision du monde, échanger avec un ami, ça agrémente tout dans l’écriture. Ça me force à être plus précis et puis Kaza est très très drôle c’est pour ça que ce nouveau spectacle est au-dessus des précédents.

Thomas Bernard : « La Riposte », c’est une riposte à quoi exactement ?
Akim Omiri : Je riposte à tous les médias qui nous vendent une information biaisée. Je riposte à l’extrême droite, à la fatalité qu’on nous vend tous les jours. De rappeler aux gens qu’on est nombreux et qu’un autre monde est possible. C’est une manière aussi de désacraliser des gens qui se prennent bien trop au sérieux.
Thomas Bernard : Comment choisis-tu les sujets ?
Akim Omiri : Je vais regarder ce qui a été traité par les plus gros médias dans la semaine pour donner un autre angle à l’info ou compléter ce qui n’a pas été dit. Et je vais aussi amener mes propres sujets car l’extrême par exemple ne fait que parler d’islam, d’immigration en boucle. J’aime ridiculiser ceux qui agitent des peurs absurdes mais ça serait trop redondant si je ne faisais que ça comme eux. J’aime amener des sujets dont personne ne parle, des sujets sociaux notamment qui sont bien plus importants en vérité pour les gens.
Thomas Bernard : Toi, Djamil, Meurice, et cie... Nova, c’est l’arche de Noé de l’humour de qualité ou quoi
Akim Omiri : L’explication est très simple, c’est la volonté de Matthieu Pigasse. Sans lui y a rien qui se serait fait. C’est lui qui est venu me chercher et qui m’a demandé de lui proposer un projet. Au début je n’y croyais pas vraiment et au final on est présent toutes les semaines et on commence à faire de sacrés scores. Le problème avec le fait que notre existence soit la volonté d’un seul homme par contre rappelle le problème de nos médias. Si demain Matthieu Pigasse change d’avis ou est empêché… Il n’y a pas d’autres émissions de gauche. Aujourd’hui quasiment tout appartient à Bolloré et sa clique. Le reste c’est le service public qui est chapeauté par Macron. C’est Macron qui choisit qui est à la tête des médias publics. C’est l’inverse d’un pays libre et d’une démocratie saine qui fonctionne.
Thomas Bernard : Et demain ? Film, série, roman… ou une BD ?
Akim Omiri : Film, Série… je pense que je peux oublier. Je suis blacklisté de partout quasiment. La seule chose à ma portée pour le moment, ça serait la BD oui et ça me plairait énormément mais ça me demanderait beaucoup de temps car je ne ferais pas ça à la légère. Et comme aujourd'hui je manque énormément de temps c’est pas pour tout de suite… hélas.




