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Frédérick Sigrist-Excelsior !

01/04
 
 
Sans effets spéciaux ni même un générique triomphal, le monde se précipite tête baissée vers la grosse cata. Humoriste, auteur, chroniqueur, animateur radio, Frédérick Sigrist sait qu’il ne sauvera pas l’humanité et, à défaut d’enfiler un costume moulant, préfère allumer un micro : le rire reste son seul et unique super-pouvoir. Plus froid que la Forteresse de Solitude de Superman, mieux équipé que la Batcave, aussi solide que la Watchtower de la Justice League, son humour fonctionne comme un arsenal secret. Chaque phrase, chaque digression, chaque silence est calibré pour débusquer nos contradictions et sonder nos inquiétudes avec la précision de Rorschach, le détective masqué des Watchmen. 
 
C’est sur scène que ses attaques se font plus frontales, plus introspectives aussi. Avec 39/45 – l’âge de la déconstruction, Sigrist explore sans lunettes ce moment flou où l’on se sent plus Alfred que Robin, où les certitudes craquent plus fort que nos genoux. Il y parle autant du temps qui passe que des engagements qu’on garde, de ceux qu’on aménage et bien sûr de ceux qu’on trahit (un peu) pour continuer à avancer dans sa quête de bonheur. Pas de grande leçon, pas de posture héroïque : juste un regard plus perçant que celui de Cyclops sur ce que ça fait de grandir sans mode d’emploi, dans une société qui change plus vite qu’Ironman d’armure. 
 
Avant cela, Super Héros utilisait déjà la culture pop comme laser pour calciner notre complexe de sauveur. Comics, figures mythologiques modernes, récits de sauveurs : Sigrist y démontait l’idée même de héros, pour mieux parler de responsabilité, d’angoisse collective et de désirs contradictoires. Malgré les cagoules fluos et les slips moule-bite, c’est toujours la même question qui se radine sur la pointe des pieds : qu’est-ce qu’on fait quand on comprend qu’on ne sauvera pas le monde ? 
Avec Spin Off, héritier numérique de la défunte et brillante émission Blockbuster, désormais visible sur la plateforme Studio 17, Frédérick Sigrist redonne à la geekerie un véritable QG. Un espace indépendant et cohérent, à l’abri des décideurs qui prétendent aujourd’hui s’y intéresser, mais uniquement sous l’angle du marché, des chiffres, des vues et des abonnés. Là où Spin Off s’attache au fond, au sens, à ce que cette culture autrefois marginale, dorénavant centrale, dit de nous, êtres humains. 
Quel que soit le support, Frédérick Sigrist nous propose plus un repaire qu’un refuge ; un lieu merveilleux où l’on peut observer nos vies pleines d’échecs, de maladresses et de contradictions sans tomber dans la culpabilité ou le jugement. Sigrist n’a peut-être pas de cape et encore moins de gadgets hyper sophistiqués mais il possède un talent rare : rendre le réel supportable. 
 
 
Thomas Bernard : Quel est votre premier souvenir d’humour ? 
Frédérick Sigrist : Enfant des années 80, j’ai grandi entre Benny Hill, le Collaro Show et le Petit Théâtre de Bouvard. Mais mon premier vrai choc, c’est un spectacle de Chraz et Wally à Nancy. De l’humour satirique, musical, radical. Puis sont venus Philippe Caubère et Élie & Dieudonné. Sur trois humoristes marquants, deux ont été cancel. 
 
Thomas Bernard : Aucune nostalgie des années 80 ? 
Frédérick Sigrist : Aucune. C’était un grand chaos. Quand j’entends “c’était mieux avant”, je pense à Dorothée, à des clips absurdes et gênants. On était déjà en enfer. 
 
Thomas Bernard : Votre enfance à Nancy a façonné votre identité ? 
Frédérick Sigrist : Complètement. Fils unique, métis dans une école catholique, solitaire dans une cité HLM de l’Est frappée par la fin de la sidérurgie. J’ai développé un imaginaire très fort via la télé, la BD, le cinéma. Très tôt, je racontais déjà des histoires. Un one-man show intérieur. 
 
Thomas Bernard : Cette solitude influence-t-elle votre écriture ? 
Frédérick Sigrist : Oui. Je pars toujours du quotidien le plus simple — faire ses courses, oublier le café — pour aller vers des sujets lourds : géopolitique, climat, conflits. Je préfère dire les choses clairement plutôt que faire de l’allégorie. 
 
Thomas Bernard : Vous êtes aussi très inspiré par le rap ? 
Frédérick Sigrist : Plus que par l’humour. Les rappeurs tiennent un journal intime permanent. Mes spectacles sont ça : l’état des lieux de là où j’en suis quand j’écris. 
 
Thomas Bernard : Bosser au Samu social a changé votre regard politique ? 
Frédérick Sigrist : Totalement. J’y suis entré pour payer mes cours de théâtre. J’y suis resté cinq à six ans. Voir la réalité de la précarité m’a politisé. J’ai compris que les injustices n’étaient pas individuelles mais structurelles. 
 
Thomas Bernard : C’est là que naît votre humour politique ? 
Frédérick Sigrist : Oui. Le théâtre et la politique se sont rencontrés. Mon premier spectacle engagé arrive très tôt, avant Tout le monde croit que je suis un mec bien puis Frédérick Sigrist refait l’actu. 
 
Thomas Bernard : La radio arrive quand ? 
Frédérick Sigrist : Assez vite. D’abord France Inter, puis Europe 1 avec Anne Roumanoff. Ensuite le Caveau de la République, la revue de presse politique, puis retour à France Inter. Ma première chronique a eu lieu juste après Charlie Hebdo. Une autre époque. 
 
 
 
Thomas Bernard : “On ne peut plus rien dire” ? 
Frédérick Sigrist : C’est faux. On peut tout dire, mais aujourd’hui ceux à qui ça déplaît peuvent le faire savoir directement. Il faut juste assumer ce qu’on dit. 
 
Thomas Bernard : Votre éviction de France Inter ? 
Frédérick Sigrist : Sur un média généraliste, une seule voix issue de la diversité semble tolérable — deux deviennent soudain “redondantes” sur un même sujet. En période de crise, les masques tombent vite... 
 
Thomas Bernard : Comment arrive Blockbuster ? 
Frédérick Sigrist : Par nécessité de travailler. J’ai proposé une émission sur la pop culture. Personne n’en parlait sérieusement. On m’a dit : “Fais-la.” Les débuts ont été chaotiques, mais l’émission a trouvé son public. 
 
Thomas Bernard : Le spectacle Super Héros est lié à Blockbuster ? 
Frédérick Sigrist : Oui, mais surtout à un drame personnel : la perte de notre enfant. La pop culture m’a toujours aidé à tenir face aux coups durs. Je ne sais gérer la douleur que par la catharsis artistique. 
 
Thomas Bernard : Et 39/45 ? 
Frédérick Sigrist : 39 kilos perdus, 45 ans, un licenciement, la peur de vieillir, les injonctions sociales. Le spectacle parle du moment où l’on comprend qu’on ne plaira jamais à tout le monde. La libération, c’est quand on s’en fout. 
 
Thomas Bernard : Spin Off, c’est un retour aux sources ? 
Frédérick Sigrist : C’est Blockbuster en mieux : liberté, moyens, compréhension réelle de la culture pop. Studio 17 me permet de faire ce que Radio France a toujours freiné. 
 
Thomas Bernard : Voyez-vous une suite ? 
Frédérick Sigrist : Oui. Une bande dessinée, peut-être un film. Mais pas n’importe lequel. Un film de genre, ambitieux, pas un produit jetable. 
 
Thomas Bernard : Pop, mainstream, populaire : différence ? 
Frédérick Sigrist : La pop culture, c’est l’underground légitimé. Le mainstream, ce qui marche sans qu’on sache pourquoi. La culture populaire, ce qui rassemble instantanément. 
 
Thomas Bernard : L’underground existe encore ? 
Frédérick Sigrist : Oui, mais surtout dans les fanfictions et les détournements impossibles à marchandiser. 
 
Thomas Bernard : Un conseil culture ? 
Frédérick Sigrist : La BD Drome. Une claque graphique et narrative. 
 
Thomas Bernard : Un titre pour votre carrière ? 
Frédérick Sigrist : One Punch Man. Un héros banal, sous-estimé, mais invincible intérieurement. Et qui pense surtout aux promos au supermarché. 
 
 
 
Embarquez à bord de Spin Off, le vaisseau amiral piloté par Frédérick Sigrist, quelque part entre la station spatiale de la pop culture et les débris fumants de l’actu. Ici, pas de saut dans l’hyperespace pour fuir le quotidien : on explore les cultures pop, calmement, micro ouvert, capteurs allumés. À chaque épisode, Sigrist quitte l’orbite terrestre pour cartographier les galaxies geek ; comics, mangas, jeux vidéo, séries, films : tout est scanné, démonté, remis en perspective. Pas de panique à bord, pas d’alarme inutile, juste une navigation précise dans un univers saturé de signaux contradictoires. Fini la gravité des grilles radio, bienvenue dans l’espace libre de Studio 17, une base indépendante, pensée pour celles et ceux qui veulent autre chose que des chroniques sous vide sidéral. L’abonnement Studio 17, c’est votre carte d’embarquement. Il vous donne accès à l’intégralité de la mission : épisodes exclusifs, formats longs, archives, bonus — et surtout, la certitude de soutenir une exploration culturelle qui ne répond à aucun algorithme. Dans Spin Off, on essaie simplement de comprendre l’univers avant le prochain Big Bang.
 
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