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Absurdus Intervium (Part. 2 & Part. 3)

LIRE : Absurdus Intervium (Part. 1)

Il est étonnant de voir combien tu es excellent quand tu travailles à la main, et ultra-mauvais quand tu bossais à l’ordi. Comment ça se fait ?
Mais c’est évident, voyons : je ne connais pas les outils informatiques et je ne sais pas comment m’en servir. J’ai un défaut : quand je mets mon nez dans un truc électronique, il faut que je comprenne tout, sinon je n’arrive pas à m’en servir. Exemple : j’ai acheté un iPhone®, je trouvais ça joli. Y avait plein de trucs que je ne comprenais pas et j’ai tellement harcelé mon fils au téléphone pour lui poser mille questions que finalement je lui ai filé l’appareil, je n’en pouvais plus, ça me mettait hors de moi ! D’ailleurs, aujourd’hui, j’alterne les procédés. Soit je colorie moi-même à la main, soit c’est un coloriste (Ben BK) qui fait mes histoires à l’ordi – et qui le fait bien mieux que moi.

Faire ses couleurs à la main, c’est risqué…
Oui, car je travaille directement sur l’original. En outre, c’est extrêmement fatigant et ça demande beaucoup d’énergie. Une fois que mon histoire au trait est terminée, j’ai parfois du mal à y revenir pour la couleur.

Moi qui vois passer tes originaux, je me dis souvent que, lorsque tu apposes la couleur, tu ne penses pas du tout à la reproduction de tes planches, car tu utilises des teintes (turquoise, par exemple) qui sont impossibles à reproduire en offset. J’invite d’ailleurs tout le monde à venir voir ton expo à la Galerie des Arts Graphiques (5, rue Dante à Paris, du 17 juin au 13 juillet) pour voir combien tes originaux sont mille fois plus beaux que leur version imprimée.
Je m’en rends bien compte : je colorie d’abord pour que ça me plaise à moi, là, sur ma table. Je me dis naïvement : « qu’ils se débrouillent chez Fluide. C’est leur problème ! ».

Est-ce qu’on dessine différemment si le dessin a vocation à être colorié ?
Oui.Je vais préparer tel ou tel décor ou objet. Imaginons un pneu d’avion, une de mes manies : si c’est en couleurs, je me dis qu’on pourra voir le pneu en volume et ce sera plus joli !

Tes histoires de train d’atterrissage d’avion, c’est vraiment un fantasme d’exilé, haha !

Tiens, et si on parlait de Daniel Goossens : une grande amitié vous lie, vous avez cohabité dans Fluide durant toute votre carrière, vous avez été voisins…
C’est un type très important pour moi. Il m’a toujours valorisé, par son extrême intelligence. C’est quelqu’un avec qui je peux me lâcher totalement, sans inhibition, car il rebondit sur tout, il a une immense curiosité et gentillesse, sans aucune arrogance. C’est un excellent ouvreur de discussion. Il aime la discussion, quel que soit le sujet. Et j’adore cela car moi je reste très silencieux, et donc on est complémentaires.

Jean-Michel : Je me souviens de Goossens, un jour, en toute fin de repas de bouclage. Il me dit : « Au fond, Thiriet, toi qu’est-ce que tu penses de Dieu ? » Je l’ai supplié de ne pas aborder un tel sujet alors qu’il était déjà 1h30 du matin et que je n’étais plus très frais…
Haha, je te comprends…

Je voudrais parler de l’encrage, à l’heure où tout est efficace, où tout va vite : l’un et l’autre, vous travaillez à la plume, et vous m’expliquiez combien le fait de travailler à la plume, et donc de devoir vous interrompre toutes les trois secondes pour aller remplir la plume dans l’encrier, créait une sensation de volupté…
Oui. Ça nous oblige à respirer, à dompter le temps, à prendre du recul. Moi, le rythme de l’encrage m’apparaît comme une bulle hors du temps.

Je me rends compte, quand je t’accompagne en signature, que les gens sont frappés par le fait que tu ne ressembles pas à ton travail. Ils s’attendent à rencontrer un jeune punk de 25 ans alors que tu es un bel homme posé d’âge mur. Quel type de relations as-tu avec tes lecteurs lorsque tu les rencontres ?

Chaque rencontre avec un lecteur, c’est l’équivalent de 10 séances de psy. Je suis toujours frappé de constater combien ce que je fais a finalement beaucoup plus d’importance pour eux, lecteurs, que pour moi, auteur, qui l’ai imaginé. Chacune de ces rencontres me remplit les batteries ! C’est vital pour moi, qui suis pétri de doutes…

Qu’est-ce qu’ils te demandent en général ?
Si je me drogue. Si j’ai un chat qui s’appelle Clark Gaybeul. Si je suis un obsédé sexuel. Et sinon, ils me disent que j’ai un beaucoup moins gros nez que lorsque je me dessine. Cela dit, il y a TOUJOURS chez un dessinateur qui se représente un trait de son caractère qui apparaîtra…

François Boucq fait un truc rigolo en dédicace : pendant qu’il fait un dessin dans l’album, il demande au lecteur de faire son autoportrait. Et ensuite François interprète le dessin en faisant de la graphicologie (un terme dont il est l’inventeur), autrement dit de la graphologie graphique, c’est-à-dire qu’il arrive à déterminer, sur base de cet autoportrait, des traits de personnalité chez son visiteur. C’est assez bluffant, je l’ai vu faire plusieurs fois…

Je vais regarder cela la prochaine fois que nous dédicaçons ensemble. A propos, un tuyau aux lecteurs : je rate TOUJOURS ma première dédicace, car j’ai besoin de me chauffer. Comme un joueur de tennis. La peur de rater me fait rater. Et donc il est fréquent qu’avant une séance de dédicaces, je fasse quelques croquis pour me chauffer…

Incroyable ! Avec le métier que tu as…
Tu n’as pas idée… Sinon, certains lecteurs sont audacieux. Un jour, un gars me demande un dessin par la poste, que je lui renvoie volontiers. Ce lecteur m’a réécrit aussitôt, en me demandant si je pouvais lui dessiner une planche entière, cette fois…

Ha ha, voilà quelqu’un qui n’a pas vraiment conscience du travail que ça représente… Y a des gens qui viennent parfois sonner chez toi ?
Non. Par contre, un jour un livreur vient m’apporter un paquet. Pendant que je cherche de quoi le payer, le gars jette un œil sur ma table à dessin, et me demande, interloqué : « Mais… vous copiez ? ». Je lui ai répondu que non, je ne copiais pas, que c’était mon travail. Le type connaissait mon boulot par cœur, mais n’avait aucune idée d’arriver chez moi, puisque sur ma sonnette, il est inscrit Carali, pas édika.

Y a des casse-couilles ?Non, j’y échappe heureusement. Par contre, un jour un lecteur m’a fait une réflexion que j’ai d’abord trouvé dérangeante : il m’a dit qu’à la longue, il s’ennuyait, lorsque je faisais toutes mes cases pareilles. Grâce à lui, j’ai appris à varier mes angles de vue, et j’espère qu’aujourd’hui il s’ennuie moins en me lisant.

Tu as un style graphique qui est très particulier, qui n’est inspiré de personne, et qui n’a pas vraiment fait école. Quelle influence revendiques-tu ?Celle de Reiser. Mais pour les gros pifs seulement. Et encore, uniquement au début de ma carrière.

Quel est ton rapport avec internet ?
Très basique : mail et recherche de doc. Seul truc un peu particulier : j’adore la peinture. Et donc je passe ma vie sur des sites consacrés à des peintres, et je passe des heures à regarder les détails.

Est-ce que tu t’es déjà googlé ?
Evidemment. Moins maintenant. Ce qui est marrant, c’est que des commentaires vont du meilleur au pire. Bien entendu je préfère les compliments… Je pourrais dire que, intellectuellement, ça fait du bien de se faire critiquer et traîner dans la boue, mais je n’en pense pas un mot. Les types qui disent du mal de ce que je fais, je ne veux pas être hypocrite, ça fait chier ! Et toi, Jean-Michel ?
Jean-Michel : Vu le nombre d’humains qu’il y a sur terre, c’est normal qu’il y ait plus gens qui n’aiment pas ce que je fais que le contraire. Mais le fait de le lire c’est forcément glaçant, je le reconnais. Par contre, autant une critique négative est forcément sincère, autant tu ne seras jamais certain qu’une critique positive est honnête et pas complaisante ou intéressée.
Bien dit…

Propos toujours recueillis à Rochefort du Gard au printemps 2011 par Jean-Michel Thiriet et Thierry Tinlot.

Posté par totodernoncourt le 18/06/11 || TAGLES : ,
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Absurdus Intervium (Part. 1)

Ce moi-ci, sur LEBLOG de FLUIDE il n’y en a que pour LUI ! Cette interview (en trois parties ici) faite de propos recueillis à Rochefort du Gard au printemps 2011 a été réalisée par Jean-Michel Thiriet et Thierry Tinlot :


Avant d’être édika, qui étais-tu et que faisais-tu ?
Je m’appelais Edouard Carali et je faisais de la mise en page au Liban. Auparavant, je travaillais comme aide-dessinateur à tout faire dans une boîte de pub. Il fallait tomber rapidement des tas de dessins dans des styles différents. Pour autant, je n’ai jamais fait d’études de graphisme.

Et avant ça ?
Je suis né en Egypte, pays que j’ai quitté (pour de bon) quand j’avais 19 ans. Je n’y suis jamais retourné.

Et avant ça ?
Mon père était prof de gymnastique, notamment au lycée français du Caire. C’était un personnage très connu en ville, tout le monde le saluait.

Et après ça ?
Les événements politiques au Liban ont fait que ma famille et moi-même avons dû venir nous installer en France en 1976. Mon frère, le dessinateur Paul Carali, avait fait le voyage quelques années avant moi. Notre idée était en fait d’aller tous nous installer au Canada. Mais Paul s’est arrêté en France et n’en est plus jamais reparti.

Tes premiers contacts avec Fluide ?
J’ai commencé en faisant de la mise en couleur pour Gotlib. Je le lisais déjà au Liban (on y trouvait Fluide, figurez-vous). Avant de percer dans l’humour, j’ai essayé de faire de la SF mais tout le monde me disait que lorsque je dessinais des gros pif, là c’était bien. Et donc j’ai persévéré.

Gotlib, c’était ta référence en humour ?
Oui, je le trouvais très fort. Et puis, je me sentais capable de travailler dans cette veine. C’est en arrivant en France que cette énorme liberté de création m’a sauté aux yeux. C’était formidablement excitant pour moi, de travailler pour des lecteurs curieux et exigeants à la fois.

Tu sais, avant Gotlib et la Rubrique à Brac, l’humour français c’était un peu étriqué, hein…
Tu as raison. Il a rendu possible plein de choses…

Entre ton premier album, Debiloff Profondikum, et le dernier, qu’est-ce qui a changé dans ton dessin ?
Je ne me sens plus très proche de ce genre de narration. On sent le gars qui avait tout à prouver, avec une naïveté et un jemenfoutisme total. J’avais beaucoup moins peur qu’aujourd’hui, même si c’est paradoxal alors que j’ai maintenant pas mal de bouteille.

Ce qui me frappe, c’est qu’à l’époque, tu avais dix styles différents, tu essayais tout, alors qu’actuellement ton trait est plus constant. Ça veut dire que tu ne cherches plus ?
Je suis plus sûr de moi, c’est certain. Mais j’ai encore besoin de me surprendre, même si c’est moins fréquent qu’avant.

Tu as encore peur ?
Oui, tout le temps, mais plutôt pour le scénario. Chaque fois que je cale sur une idée, que je ne trouve pas, je m’écroule en me disant que je suis fini et que je n’y arriverai plus. Et puis ça vient et c’est reparti… Mais bon, il y a trente ans, c’était déjà le même cinéma. La seule différence, c’est que maintenant j’en ai déjà tellement fait que je crève de trouille à l’idée de me répéter sans m’en rendre compte !

Tordons le cou à une légende : cette incapacité d’écrire une chute à ton histoire, c’est fait exprès ou c’est improvisé ?
J’essaie avant tout de m’amuser. Et donc, c’est pas vraiment un problème pour moi de ne pas finir une histoire. Si je suis satisfait du déroulement d’une histoire, peu m’importe la chute. Et le lecteur s’en amuse aussi, visiblement. Mais donc, pour répondre à la question : quand, dans une histoire, il n’y a

pas de chute, oui, c’est scénarisé, c’est fait exprès.

Jean-Michel : Goscinny, paraît-il, menaçait régulièrement sa femme de se suicider car il ne trouvait plus d’idée pour le prochain Astérix. Et sa femme faisait « mais ouiiii, bien sûr ! ». Et puis ça repartait. Moi, après quatre histoires dans Fluide, je me suis dit que j’étais sec. Et l’histoire de Goscinny est très rassurante, évidemment.
Il y a même, pour être honnête, un petit plaisir dans cette peur de ne pas y arriver. Car, au fond, je SAIS que j’y arriverai toujours.

Et l’inspiration proprement dite, elle vient d’où ?
Souvent d’une réflexion, d’une observation. Par exemple, l’histoire page 7 du nouvel album, c’est un truc qui m’énerve depuis que je vis dans la Sud. Les gens ne comprennent pas comment je peux ne PAS boire de pastis. Ça les dépasse. « Mais tu vas tomber malade ! ».

Je trouve que toi et Jean Solé vous êtes les deux maîtres de la couleur dans Fluide…
La couleur m’apporte un plaisir fou. J’oublie tout. Notre journal n’est passé à la couleur qu’en 2003. Il m’est arrivé de faire, lorsque Fluide était encore en noir et blanc, UNE des cases en couleurs dans un récit en noir et blanc. Juste parce que j’aimais ce dessin et que je voulais le voir colorisé. Evidemment, le tout est passé en noir et blanc. Mais j’ai sans doute inconsciemment accéléré le mouvement du passage vers la couleur.
Putain, je suis d’une prétention !!!

à suivre…

Posté par totodernoncourt le 14/06/11 || TAGLES : ,
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Je m’appelle Christian Binet et j’ai six ans!

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Christian Binet, l’auteur des célébrissimes Bidochon, a plein de perles cachées dans sa somptueuse bibliographie. Mais l’un de ses secrets les mieux gardés, c’est certainement L’INSTITUTION, qui reparaît en mars dans une édition remasterisée. Le sujet en est simple : Christian a passé neuf années de sa jeunesse dans les pensionnats catholiques. Une école de dureté, de religion assénée, de discipline sans nuance, d’hypocrisie et de solitude. Et le plus étonnant, c’est qu’il en a tiré un ouvrage à la fois super marrant et terriblement attachant. Nous lui avons demandé de revenir sur ces années…euh… terriblement formatrices !

Que trouve-t-on dans cet album ?

Des anecdotes, toutes authentiquement authentiques, sur mes neuf années de pensionnat. Je m’y étais retrouvé parce que mon père ne voulait pas m’inscrire à l’école du village, qui était aux mains du maire communiste, lequel, disait-on à l’époque, mettait des tracts dans les cartables et bafouait quotidiennement la religion. Et donc mon père, grand catholique, a préféré m’envoyer en pension, dans la seule école chrétienne de la région. Disons que j’en ai bavé pendant neuf ans…

Tout est authentique, même le contrôle par la bonne sœur des traces de freinage dans les caleçons ?

Yes, sir.

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Dans quel état d’esprit étais-tu quand tu as conçu cet album à l’âge de trente ans ?

C’était un peu la conclusion d’une sorte d’autothérapie, le seul bouquin expiatoire de toute ma carrière. Je voulais me débarrasser de ces mauvais souvenirs tout en faisant rire les lecteurs de Fluide. Ça m’a permis de régler quelques casseroles. Je dois d’ailleurs avouer que le décès de mon père m’a permis de me libérer de ce poids: je ne suis pas certain que j’aurais osé raconter tout cela s’il avait encore été en vie à l’époque. Et, de manière générale, je ne suis pas certain qu’il aurait apprécié que je travaille dans des journaux comme Fluide Glacial. Il me destinait plutôt à la bonne presse catholique. C’est même lui qui prenait les rendez-vous à ma place avec les rédactions, c’est dire l’ascendant qu’il avait sur moi…
Cela étant, c’est difficile, quand on fait de l’humour, de dévoiler des histoires graves et personnelles. Je crois être arrivé à un bon mélange…

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Tu dis en introduction du livre « à présent que je suis libéré de toutes ces années, je veux bien être pétrifié par Dieu lui-même s’il m’en reste quoi que ce soit », ce qui ressemble fort à du dégoût. Et en même temps, tu décris un monde de l’enfance très attachant…

Mais je suis attaché à mon enfance, que je considère comme les années les plus importantes de ma vie. Par contre, j’ai détesté ce système répressif et hypocrite. J’étais entouré de gens frustrés (les religieux, les profs et même mon père) qui faisaient chier tout le monde. En étant pas toujours eux-mêmes tout blancs. Ça me rappelle l’histoire de ce politicien américain qui faisait campagne contre l’homosexualité, et qu’on a retrouvé, dans un motel, le pantalon sur les genoux et en bonne compagnie masculine. Faites ce que je dis, pas ce que je fais.

Quel était ton statut quand tu étais au pensionnat ?

J’étais pas bien costaud, et donc j’étais le petit, le brimé. C’étaient les baraqués (souvent des redoublants) qui faisaient la loi. En plus, on se prenait tous les déchets des lycées parisiens, et c’était des gars qui avaient déjà pas mal vécu, par rapport à moi qui sortais d’un milieu bourgeois sans histoire. Ah ça, y avait pas que des lumières, hein ! Et le pire, c’est que je ne pouvais rien raconter à la maison. Puisque, par définition, l’école catholique était parfaite aux yeux de mon père et que rien de moche ne pouvait m’y arriver, selon lui.

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Aujourd’hui, tu restes croyant ?

Non, j’ai évacué la religion de ma vie. Il me reste un certain intérêt pour le mysticisme et l’exaltation, mais c’est tout. Mais il faut quand même que vous sachiez que le lavage de cerveau a plutôt bien fonctionné, puisque je me suis retrouvé au séminaire, et que je voulais devenir curé. Et puis, heureusement, j’ai découvert la vie, en commençant à sortir de chez moi, et je me suis intéressé à d’autres choses et à d’autres personnes.

Tu fais de légères allusions à la pédophilie…

Oui, il y avait des trucs troublants, même si je n’ai rien subi moi-même. Par contre, il était hors de question de remettre en doute la probité et l’honnêteté d’un curé. De même, j’ai quelque peu éludé, par pudeur, les histoires sur l’homosexualité. Mais on jouait au docteur, ça c’est clair…

Je ne peux pas m’empêcher de trouver des analogies avec le formidable « Paracuellos », de Carlos Gimenez (également paru chez Fluide Glacial). Une coïncidence ?

Non, plutôt un déclencheur. Il a sorti ses premiers tomes avant que je ne raconte cette histoire. Et je me suis dit que si lui osait raconter cela, je ne voyais pas pourquoi je ne ferais pas de même, à ma manière.

Quel regard portes-tu sur ce livre trente ans après sa sortie ?

Je l’ai relu en vue de la réédition, et il m’a fait rire comme si c’était quelqu’un d’autre qui l’avait écrit. Et puis il faut dire que c’était très transgressif, pour moi en 1981, de dire que je ne croyais plus en Dieu…

Propos échangés avec moi.
Le livre est formidable et il est en vente depuis quelques jours sous une couverture remaquettée par Vincent Solé et Binet.

Posté par admin le 2/04/10 || TAGLES : ,
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