N°493 1er juin 2017
» Édito |
Fluide Glacial  L
Couv. : Jean-Christophe Chauzy + Pierre Pelot | 84 pages | 4€90
1er juin 2017
  Pierre Pelot
Prochain numéro le 6 juillet 2017
Il fait chaud, l'été a soif !
La nature bouloche de tous ses sucs. On colle de partout.
Tiens, le gars, là, en Marcel gris crasse qui suinte, par exemple, sa bière, paf ! trop longtemps contenue dans sa petite cannette qui s'échauffe dur, elle demande que ça de jaillir du bec. De fuir l'enfer. Pas folle, la mousse. Et que ça te colle entre les doigts, que ça salit les tâches de tes vêtements. Que ça te met mal à l'aise... Ouais. Parce que la dame alors, qui a on dirait plus chaud que le gars (présentement, elle ne porte sur elle pas de Marcel ni d'André de Maurice ou de Stéphane ou rien) elle tourne le dos et regarde vers le loin.
Ne voit-elle rien venir ? Ou fait mine de. Pour le moment, elle trouve ça pas fort classe la bière chaudasse qui giclote, dégouline et colle.
Elle fait mine de ?
Elle tourne le dos et ainsi, non, on ne sait pas si elle a chaud aussi de l'autre côté, du dos. Mais on imagine.
On sait pas. On imagine.

Bonne lecture
Avec ce mois-ci dedans→ Aranega, Lindingre, Gérard Viry-Babel, Chauzy, Pierre Pelot, Fioretto, Reuzé, Haudiquet, Lefred-Thouron, Bertail, Le Gouëfflec, Muratori, Besseron, Felder, Bouilhac, Raynal, Cizo, Dunhill, Safieddine, Houssin, Le Borgne, Hugot, Isa, Tebo, Zoé Thouron, La Troisième Narine, Pochep, Casoar, El Diablo, Pluttark, Bernstein, Davy Mourier, Devig, Thiriet, Planète Comique, Picto Presto, Berberian, Texier, Mr Kern, Movida, Salch, Duveau


Fluide Glacial Mensuel N°
Fluide Glacial Mensuel N°492

l'Édito
Je n'en fais pas mystère, je suis né en Lorraine, département de Meurthe-et- Moselle plus exactement.
par Yan Lindingre
Eh oui... Puis j'ai grandi en Meuse dans un patelin où les enfants étaient souvent idiots et violents, les gens méchants et ragoteurs. Je vis désormais en Moselle, pays natal de Francis Heaulme. Vous parlez d'un périple. Heureux qui comme Ulysse a fait un beau naufrage ! Autant vous dire que des barjes, je n'ai vu que ça dans ma pauvre vie. Pour me remonter le moral, je me rends régulièrement dans les Vosges voisines, histoire d'être bien certain que ça peut toujours être pire ailleurs. Quand j'ai découvert Stephen King, ses jolies histoires inspirées par son cher Maine natal, je me suis dit que le village de Saint-Maurice-sur- Moselle (qui est dans les Vosges) si cher à Pierre Pelot lui plairait bien. Mais, à mon goût, Pelot, c'est largement aussi bien que King. Ah, les Vosges ! Leur belle ligne bleue toujours grise, leurs sapins rois des forêts, leur épinette, leur bête des Vosges, leur petit Grégory, leur Vologne, leur Corbeau...

Des 200 romans de Pelot (lui et ses valeureux pseudos), L'Été en pente douce est le plus célèbre. Certainement à raison. C'est un roman où il y a tout ce que j'aime : de l'apéritif, des belles fi lles (une, mais qui en vaut deux), de la bagarre et des cinglés. Moi, je trouve que l'érotisme est exacerbé quand il est porté par des personnages complètement à la masse... Certains aiment l'amour vache, moi j'aime l'amour timbré. Oui, ça me plaît. Encore que l'amour vache, ça existe aussi en Lorraine. Mais ça ne revêt pas le même sens chez nous que dans les patelins civilisés. C'est comme l'amour cochon. Dans l'Est, ça signifi e s'accoupler avec des partenaires porcins. On prend tout au pied de cochon de la lettre, nous autres, les têtes de lard de Lorrains.

Pierre Pelot est assurément un excellent ambassadeur de son pays natal, pour quiconque s'intéresse aux hommes des bois, aux rustres, frustes, frustres, brutes, marinés dans leurs haines recuites, leurs jalminceries héréditaires, leur isolement débilitant... Sous la plume de l'auteur, cet enfer devient un paradis pour le lecteur, avec des moments de lumière éblouissante sublimant la fange... Ici, la lumière est matérialisée par les beaux nénés de Lilas ! L'amour est dans le pré, dans la montagne, dans les canettes de bière.

Quant à Chauzy, c'était forcément lui. Nous nous sommes adonnés lui et moi il y a quelques années à des collaborations jouissives autour de crimes ordinaires. Enfin... plus sordides qu'ordinaires, à vrai dire. Dans À qui le tour, je lui avais écrit des histoires vraies de ma Lorraine natale très légèrement maquillées. Champion dans les adaptations de romans noirs, le grand Chauzy m'avait servi des personnages vraiment gratinés. Pour moi, ça ne faisait aucun doute, il fallait qu'il soit le dessinateur de L'Été en pente douce.

Alors, tel un démiurge maléfique j'ai suggéré à ces deux fous furieux, Chauzy et Pelot, de travailler ensemble. Et les résultats ont forcément dépassé tous mes espoirs. La fi ne équipe du roman, Lilas, Fane, Mo et les Voke sont plus vrais que nature ingrate... plus belle que belle, plus moches que moches, plus vosgiens que vosgiens ! L'été 2017 sera donc en pente douce ou ne sera pas. Reste à voir s'il s'agit d'une pente qui monte ou qui descend !

Je vis désormais en Moselle,
pays natal de Francis Heaulme.