hs61 Hiver 2013
» Édito |
Fluide Glacial  Srie Or N61
Couv. : Jean Solé | 100 pages | 5,90€
Hiver 2013
  Jean Solé
Youpi, c'est l'hiver !

Fluide Glacial Série Or N°hs62
Fluide Glacial Série Or N°

l'Édito
UN BEAU SOUVENIR D'HIVER
par Bruno Léandri
Lorsque Fluide logeait tour Montparnasse (34e étage), je décidai, pour un numéro Spécial Noël, de réaliser le plus énorme des romans-photos jamais tournés dans le mensuel. Un roman-photo en costumes dans la tour avec TOUS les collaborateurs de Fluide du moment, auteurs ou pas. Le thème tout trouvé s'inspirait d'une pièce de Noël très connue qui racontait la Nativité avec tous les personnages folkloriques traditionnels des santons de Provence.
Y jouaient, entre autres, les immortels auteurs que vous retrouverez dans ces pages : Binet, Edika, Goossens, Tronchet, Gaudelette, Solé, Maëster, Blutch, Julien CDM, Hugot, Coyote... Il était prévu que l'arrivée de Joseph et Marie enceinte soit tournée dans les escaliers de la tour. Et moi, bon petit Tarantino du romanphoto, j'entreprends de vérifier dans quelle mesure on peut y faire des photos, cadre, lumière, ça s'appelle un repérage. Je pousse donc la lourde porte de cette gigantesque cage de béton où personne ne va jamais, et qui plonge du 50e étage au rez-de-chaussée ; du couloir, il n'y avait qu'une poignée à tourner. Pendant que je repère les angles, j'entends cloc la porte se refermer derrière moi sans y prêter aucune attention. Mais lorsque je veux repasser dans le couloir, la poignée est verrouillée. Pas grave, me dis-je, je vais sortir à l'étage du dessous, le 34e. Manque de bol, la poignée y est verrouillée itou. Alors j'essaye l'étage au-dessus, le 36e, puis au 37e. Quand je les trouve fermées aussi, je comprends que pour des raisons de sécurité édictées certainement par un fou dangereux, les portes ne fonctionnent que dans un sens sur toute la hauteur de la tour. Je repasse au 34e, l'étage de Fluide, en me disant que si je frappe à la porte en gueulant comme un âne, quelqu'un finira bien par m'entendre. Pendant dix minutes je m'époumone et me fais mal aux mains, jusqu'à ce que je réalise que personne ne peut m'entendre derrière cette porte blindée ignifuge et phoniquement étanche.
Je n'ai pas de mobile sur moi, il n'y a aucun dispositif d'alerte dans les escaliers, je suis fait comme un rat. J'ai donc descendu à pied les 34 étages de béton, avec une seule pensée en tête : que vais-je trouver au rezde- chaussée ? C'est long et fastidieux, 34 étages à descendre, même si c'est moins crevant dans ce sens-là que dans l'autre, et quand on a parlé quelques années plus tard de l'évacuation de tours en flammes, j'ai compris le calvaire, j'avais testé. A mon grand soulagement, la porte inférieure était ouverte, sinon on aurait retrouvé un squelette blanchi sur les marches. A Fluide, personne ne s'était aperçu de ma disparition.

Tourné aussi au journal avec une grosse partie de l'équipe, le roman-photo présenté dans ces pages est un incunable bien plus ancien. Il pastiche le premier film tourné avec un personnage dessiné au milieu de